Deux dessins librement inspirés de l’univers de Chandler…

il y a 1 semaine
Crayon 5b, mise en page et moulinage numérique
Crayon 5b, mise en page et moulinage numérique
C'est de la littérature enfumée qui tire à bout touchant. On croise des femmes fatales, des mecs qui titubent. Il y a des coups de Jarnac, des cadavres, des bas de soie, du Jim Beam et des yeux brûlants dans l'ombre des doulos. 
Les nouvelles s'enchainent, des hommes causent. C'est pas limpide, un peu comme quand on prend une converse en route et qu'on peut pas poser de questions. D'un seul coup les marrons pleuvent, un browning est dégainé. On croit comprendre que c'est à cause de deux michetonneuses qui compostent entre des cactus, là-bas, à Ensenada.
C'est drôlement bien, on n'y comprend rien.

Soluto autoportrait de 2026…

il y a 3 semaines
Huile sur papier toilé, 30 cm x 40 cm, avril 2026
Quand je ne peux plus m’encadrer, je me portraiture.
Ça me prend tous les deux ou trois ans.
Je suis mon sujet le plus accessible, le plus corvéable, le plus patient, le plus entêté, celui qui ne sera pas déçu, vexé, décontenancé par le résultat.
Je m’interroge, je fouille les plis, les rides, j’examine la fraicheur de l’œil, le plomb de la pupille, le tombé de la lippe, je fais l’inventaire.
La paupière est un drapé, la pommette se noie, la peau pend de chaque côté des plis d’amertume. La lumière pose ses écailles de rose et de Sienne sur le front luisant, la joue bombe ici, se creuse et mollit là. Dans l’ombre du menton sommeillent l’outremer et le vermillon.
Le nez ? Il tourne d’année en année au tarin : le travailler dans sa masse, le modeler, le brosser, le tourner dans la pâte grasse pour le tirer hors du grain de la toile (pour l’ombrer rester maigre, frotter délicatement la terre de Sienne et les bleus corrompus).
Se faire la gueule, se peindre pour se reprendre, pour chasser la complaisance et mesurer la fonte des charmes. Se regarder vieillir, constater la dissolution des traits, l’affirmation des sillons, l’indécision du regard. Sentir de mieux en mieux la cagoule qui s’affaisse et se moule sur le squelette.
Arrivent ces jours où la lucidité vous éclaire mieux que la lumière du jour.
Résister, mourir à soi-même.

Continuer de danser.

Zouc pour Zouc, podcast France-Culture…

il y a 4 mois
C'est pas parce que c'est ma fille, Lou Quevauvillers, qui a réalisé cette Expérience que je la glisse dans mon blog. Mais un peu quand même...

"Zouc pour Zouc" est une missive radiophonique envoyée à Zouc, comédienne suisse extrêmement populaire dans les années 1970-1980. Pourvu que cette Expérience, en forme de déclaration d’amour à son travail, à sa bizarrerie et à son audace parvienne jusqu'à ses oreilles !

Une Expérience de Lou Quevauvillers réalisée par Clémence Gross.

Ci-dessous, deux dessins représentants Zouc, réalisés pour appuyer le podcast.

Encre de Chine à l’eau, 21 cm x 29,7 cm, février 2026
Encre de Chine à l’eau, 20 cm x 20 cm, février 2026
Encre de Chine à l’eau, 21 cm x 29,7 cm, février 2026

Edward Hopper (1882-1967)

il y a 4 mois
Mise en page numérique
Edward Hopper (1882-1967)
Il méprisait l’illustration. Un jour que Jo, sa grinçante épouse, décrivait une de ses toiles pour une télévision américaine, Edward l’interrompit.
— Arrête, tu en fais du Rockwell !
Il détestait l’anecdote, le pittoresque et la petite trouvaille qui pousse au bon sourire. Il ne pouvait pas voir l’idée en peinture. Non, lui, ce qu’il goûtait c’était l’indicible, les sentiments mêlés, la sensation au sens rimbaldien du terme. De sa formation en France, d’ailleurs, il avait ramené une touche impressionniste et une passion pour Verlaine, Rimbaud. Pour Hugo, aussi. Alors ça !
Ses toiles de jeunesse, parisiennes, sont fluides, enlevées, presque jetées. Celles de la maturité sont structurées, pesantes, magistrales, prenantes, hypnotiques. On a beau les avoir trop vues, elles nous arrêtent encore et viennent directement fouiller ce qui en nous se tait et nous étreint.
Les marchands l’ont bien compris, qui le collaient à tout-va sur les couvertures de leurs livres, en misant sur l’effet barnum de sa peinture. Ses images sont un siège rehausseur pour tous les petits auteurs. Il offre, n’est-ce pas, un tel écho à notre sentiment de solitude, à notre condition humaine.
L’illustrateur Rockwell n’illustre plus rien. Il est démodé, encapsulé dans l’âge d’or d’une Amérique qu’on ne cesse de revisiter et de remettre en cause. Le joli a fait long feu. Il vaut pour ce qu'il était. Hopper, lui, n’a pas bougé. La séduction n’était pas son affaire. Toujours nous irons vers ces artistes inflexibles. Ceux qui nous font des mines nous lassent vite.
Crayon, 21 cm x 29 cm, 2026

Miss Danvers, linogravure, 2026…

il y a 5 mois
Miss Danvers
Suite à la lecture du livre d’Adèle Yon, Mon vrai nom est Élisabeth*, j’avais souhaité revoir le film Rebecca d’Hitchcock (1940). J’en avais tiré une série de dessins. Quelques-uns avaient été postés sur Fb et sur ce blog. Deux de Miss Danvers ont été repris pour graver ce lino.

=> 20 tirages gravures linoléum. A3, papier Canson 90g, encre noir Cranfield à l’huile + quelques E.A. Quelques tirages, bientôt, dans la boutique.

* On ne perd pas son temps quand on le lit. Le livre a du style et il est original dans sa structure. Il est aussi redoutablement étayé, même s’il est sûrement discutable sur quelques points (une ancienne infirmière, sur Babelio, qui a travaillé dans l’hôpital mentionné, a amené un contrepoint qui doit être entendu – et qui ne retire pas grand-chose à la justesse du texte). La peur et le qui-vive qui troublent la vie de l’auteur, et qui sont consécutifs à la folie de son aïeul, sont souvent évoqués par de jeunes patients. La dernière partie, abréactive (si on me permet ce néologisme) est remarquable.

Marcel Duchamp…

il y a 7 mois
Crayon, 21 cm x 29,7 cm
Mise en page numérique

C’est l’autre grand Duduche. Il était peut-être moins drôle, mais il était plus farceur. Il jouait aux échecs contre des dames nues, ce qui ne l’empêchait pas de gagner quand même. Cet amateur de choses toutes faites cultivait des champs de poussière, se travestissait pour promouvoir des senteurs, peignait des moustaches à Mona Lisa et créait des acronymes rigolos. Il contrepétait à l’occasion.
C’était un champion du désengagement. Pour lui l’art était moins une affaire d’artiste que de musées et de regardeurs. Ceux qui s’en réclament sont tous nuls. Ils s’appuient sur l’escabeau de son discours. Si vous retirez l’escabeau tout dégringole (mais vous pouvez garder les financements).
Gloire aux artistes contemporains qui proclament : Fontaine, je ne boirai pas de ton eau.

Lucian Freud…

il y a 7 mois
Crayon, 21 cm x 29,7 cm
Mise en page numérique
Je me demande s’il était taquin et s’il aimait la reine. Je repense aussi à ces photos du vieillard, au lit avec Kate Moss, qu’il a peinte (sur et sous la toile, quels beaux draps !). 
Ses premières œuvres étaient maigres, dessinées, presque gracieuses. Les dernières étaient grasses, texturées, massives et brutales. Des gris froids, des jaunes, des ocres et des terres pour peindre la peau, la chair, le cru, le rond et le froissé dans une lumière glaçante.
Peu de chose, in fine, pour dire sans ambages la vérité des corps étalés et notre condition.

Henri Matisse…

il y a 7 mois
Crayon de couleur, 21 cm x 29,7 cm
Mise en page numérique
Riri et Pablo se tiraient la bourre. Il me semble qu'aujourd'hui, la fraîcheur de Matisse l'emporte. L'épure, l'épure. Nous aimons ses fusains, ses papiers découpés, ses huiles fauves. Nous aimons tout en fait.
(A influencé des créateurs de tissus, des illustrateurs, des décorateurs...)

Joan Miró…

il y a 7 mois
Crayon de couleur, 21 cm x 29,7 cm
Mise en page numérique
Miró est une forme conjuguée du verbe espagnol « mirar », qui signifie regarder. Soyons plus précis : il s’agit de la troisième personne du singulier au passé simple de l’indicatif. Pas mal pour un peintre. 
Il vit ce que personne avant lui n’avait vu.
Petit, j’ai dormi quelque fois dans une chambre dont le papier peint était inspiré par sa peinture (la beauté cachée des lés, des lés, se voit sans…) C’était un papier noir avec des haricots rouges, des bananes bleues et des mitochondries jaunes qui flottaient dans un cosmos encombré. De fines lignes reliaient les motifs. Parfois elles s’entortillaient comme des pelotes de fil. C’était une époque où les Shadocks et les Gibis triomphaient à l’écran, où l’on rêvait aux planètes. Dans ma petite cervelle, tous ces univers cohabitaient harmonieusement. Ils participaient de la même constellation.
1) Crayon, novembre 2025
2) mixage numérique

On faisait tourner l’obstbrand…

il y a 9 mois
Freud, Crayon, à peu près 30 x 42 cm, sept 2025

On faisait tourner l’obstbrand depuis un moment quand on a vu Scipion, le chien de l’hôpital de Séville, rajuster ses lunettes. On s’est tus aussitôt. L’autorité naturelle du mec… Il s’est levé. De sa belle voix de baryton martin, que trop de robustos cubains avait abrasée, il a déclaré :

— Les gars, je vais vous dire, telle qu’elle nous est imposée, notre vie, elle est trop lourde…

Il avait vraiment le chic pour casser les ambiances. On allait encore se farcir ses phrases définitives. Ça n’a pas manqué. Il a continué.

— En vrai, elle nous inflige trop de peines, de déceptions, de tâches insolubles, la vie. Pour la supporter, nous ne pouvons nous passer de sédatifs. A force de gamberge j’en suis arrivé, moi, le grand neuro-penseur, à la conclusion que les sédatifs en question sont peut-être de trois espèces. Vous m’écoutez ? En prem’s il y a les fortes diversions, qui nous permettent de considérer notre misère comme peu de chose. En deuze il y a des satisfactions substitutives qui l’amoindrissent. Et pour terminer il y a les stupéfiants qui nous rendent insensibles à l’insoutenable pesanteur de l’être. (C’est bien ça, non ? « L’insoutenable pesanteur de l’être », ça pourrait faire un titre de bouquin). J’ai nommé la coco, le jaja, les tickets à gratter, les réseaux sociaux… Voyez le genre… Il n’y a pas à tournicoter : l’un ou l’autre de ces moyens nous est indispensable. Avez-vous des questions ?
Bien sûr que non. On n’allait pas le relancer. Il savait se relancer tout seul.

Il a repris comme pour lui-même :

— Les satisfactions substitutives, celles par exemple que nous offre l’art, ce sont sans doute des illusions au regard de la réalité mais elles n’en sont pas moins efficaces psychiquement, grâce au rôle assumé par l’imagination dans la vie de l’âme. Les stupéfiants, eux, influent sur notre organisme, en modifient le chimisme. Alors ? vous en dites quoi ? Je crois que tiens quelque chose…
On n’a toujours rien dit. Il s’est rassis, a continué de marmonner. C’était mieux de le laisser dans ses délires.

Nous, on a recommandé des schnaps…