Au hasard

De travers, de travers, de travers…

il y a 14 ans

dessin soluto croquis portrait crayon ecriture peinture

J’sors avec ma frangine, maintenant que je suis grande.
J’mets ses robes et ses jeans mais faut que je lui demande.
Je m’en fous, je suis mieux qu’elle, oh non, pas ce soir ! Merci pour le réglisse mais je peux pas accepter.
Avec ma ligne, je dois me surveiller.
Merci pour le speech sur les noces des abeilles.
Ça m’a touchée, c’est un truc à étudier.
Bien vu le dernier plan où tu m’as fait pleurer.
C’est noté, comment l’oublier ? T’oublies pas la monnaie, rappelle-toi, tu m’as promis.
T’oublies pas la monnaie, tu croyais que c’est gratuit. J’sors avec ma frangine, maintenant que je suis grande.
J’mets ses robes et ses jeans, tant qu’il y a de la demande.
Je m’en fous, je suis mieux qu’elle, oh non, pas ce soir ! Le garçon que j’aime fait peur à mes voisins.
Il a du cran dans son costard italien.
Avant qu’on cohabite, il fréquentait Corinne.
Qu’est-ce qu’elle lui veut ? C’est une gamine !
Merci pour le réglisse mais je peux pas accepter.
Avec ma ligne, je dois me surveiller. T’oublies pas la monnaie, rappelle-toi, tu m’as promis.
T’oublies pas la monnaie, tu croyais que c’est gratuit. T’oublies pas la monnaie, toi et moi, qu’est-ce que t’en dis ?
T’oublies pas la monnaie, rappelle-toi, tu m’as promis.

Bashung/Bergman 1981

Ps La mise en page sur over-blog devient impossible…  Désolé de ce désordre… Je n’ai pas réussi à centrer le texte ci-dessus… Dommage. Il a été chanté par Bashung sur l’excellent album Pizza

Ce que c’est qu’un portrait ressemblant…

il y a 12 ans

portrait soluto huile peinture

Terre de Sienne brûlée, bleu de cæruleum, jaune de Naples clair, blanc de zinc…
Dans le double godet à palette je verse à gauche une cuiller d’essence et à droite une lichée de sauce maison. J’ordonne les masses, vite, et je place d’emblée les yeux sous le grand front. Je pose les ombres, d’abord les ombres. Grises, bleues, froides pour ne pas peser. Je ne soigne pas ma touche et frotte le pinceau le moins docile sur la toile qu’un premier coup de chiffon, chargé de titane et de brun, a graissé. Je brosse maigre dans le grain serré du lin. La pensée suspendue, je laisse ma main, mon œil, forcer des correspondances intimes, secrètes.
Je me confie, sans y croire, au hasard.
Je vois comme au spectacle le portrait qui émerge et s’installe face à moi. Je cille souvent devant celui qui durcit peu à peu son regard.
D’ordinaire je lutte d’abandon pour saisir une ressemblance. Je m’acharne tendrement, par des biais, des astuces, des calculs, à retrouver un air familier. C’est toujours de peu que je rate l’impeccable. Pour ne rien boucher, pour ne pas salir, pour ne pas gâcher je me convaincs de suspendre le geste. L’outil plonge dans son pincelier avant la fin.
Pour ce portrait rien de tel puisque je ne m’étais assigné aucune tâche de ce genre. Ne rien conquérir, peindre pour peindre, non pour dépeindre mais pour se déprendre. Vacance de l’âme à l’atelier. Plaisir du chant des couleurs.
Pourtant, pendant la minute de relâche, j’ai vu apparaître à travers la vapeur d’une tasse de thé brûlant le portrait de mon père enfant. Mon regard en a été immédiatement modifié. Je n’ai plus pu considérer pour eux-mêmes les artifices, tons, valeurs, masses, mis en œuvre. Cette ressemblance frappait obstinément à la toile, s’y invitait, s’imposait fermement, brouillant le pur travail de peinture auquel j’avais cru m’adonner.

Je me revois enfant, allongé sur mon cosy-corner, tournant les pages d’un album en maroquin. Réminiscences photographiques… Là, mon père est contre un mur, sérieux, le cheveu blond cranté, le regard clair, en habits de dimanche, veste droite et culotte courte. Il a sept ans, huit ans tout au plus. Plus loin il est avec ses sœurs qu’il dépasse de deux têtes. Derrière eux on voit des piquets de clôture couchés, un herbage, une ânesse et ma grand-mère avec un seau. Ailleurs il tremble sur un gros cheval de labour monté à cru. Il se cramponne aux crins le temps de la photo.
Partout le même regard pénétrant, le même sérieux, la même présence déposée malgré moi sur la toile.
Par je ne sais quelle fantaisie inconsciente, proche de l’acte manqué sans doute, je l’ai convié à l’atelier. Il est pris dans les mâchoires du chevalet. Ses yeux gris-bleus plongent dans les miens, m’examinent prudemment. Nous voilà nez à nez.

Ceux qu’on porte sont prompts à surgir malgré nous. Souvent ils parlent par notre bouche, se glissent dans nos gestes, se mélangent à nous. Nous ne reculons devant rien pour qu’ils manifestent leur ubiquité ou pour qu’ils se survivent.
Et c’est en méconnaissance de cause qu’ils se ressemblent si bien.

Des farces à maman…

il y a 15 ans


  

« On l’a vu refaire des farces à maman, lui acheter des fleurs coupées ou des fruits rares, la prendre dans ses bras pour la faire tourner très vite. Plus souvent qu’avant Suzanne et moi nous sommes retrouvé chez Rita…Ils se payaient des petites sorties en tête à tête, cinoche et restau, ou bien spectacle. Le soir il prenait le temps de s’asseoir au bord de notre lit et nous racontait des histoires fantaisistes pour nous faire rigoler. Un jour que nous étions à l’école il a changé tous les meubles de place… »

 

 

Quelques lignes retrouvées dans un carnet pour un texte dont j’avais sans doute le projet, mais dont j’ai perdu le souvenir, pour accompagner le dessin  d’aujourd’hui fait à partir d’une photo de mes parents en 1977…