Quand je ne peux plus m’encadrer, je me portraiture. Ça me prend tous les deux ou trois ans. Je suis mon sujet le plus accessible, le plus corvéable, le plus patient, le plus entêté, celui qui ne sera pas déçu, vexé, décontenancé par le résultat. Je m’interroge, je fouille les plis, les rides, j’examine la fraicheur de l’œil, le plomb de la pupille, le tombé de la lippe, je fais l’inventaire. La paupière est un drapé, la pommette se noie, la peau pend de chaque côté des plis d’amertume. La lumière pose ses écailles de rose et de Sienne sur le front luisant, la joue bombe ici, se creuse et mollit là. Dans l’ombre du menton sommeillent l’outremer et le vermillon. Le nez ? Il tourne d’année en année au tarin : le travailler dans sa masse, le modeler, le brosser, le tourner dans la pâte grasse pour le tirer hors du grain de la toile (pour l’ombrer rester maigre, frotter délicatement la terre de Sienne et les bleus corrompus). Se faire la gueule, se peindre pour se reprendre, pour chasser la complaisance et mesurer la fonte des charmes. Se regarder vieillir, constater la dissolution des traits, l’affirmation des sillons, l’indécision du regard. Sentir de mieux en mieux la cagoule qui s’affaisse et se moule sur le squelette. Arrivent ces jours où la lucidité vous éclaire mieux que la lumière du jour. Résister, mourir à soi-même.
Jean-Pierre Melville, 30 cm x 40 cm, 2026 Jean-Pierre Melville, 30 cm x 40 cm, Image désaturée Jean-Pierre Melville, 30 cm x 40 cm, jeu avec les courbes de niveaux
Les Éditions Esquif bénéficient d'un bel article dans le Télérama de cette semaine sous la plume de S. Jarno. Comme nous avons réalisé la couverture de l'un des titres, Le Moineau de la Bastille de Jean-Marc Royon, nous sommes cité et bienheureux de l'être. J'ai lu tous les volumes de la collection. J'ai peut-être un peu de parti pris mais je crois sincèrement que tous valent le détour. Ces petits livres, à moins de 10€ pièce, feront de chouettes petits cadeaux qui vous distingueront quand vous serez invités. Avec un bouquet de tulipes, on ne doutera plus que vous êtes une femme ou un homme de goût... Pensez-y.
Télérama du 28 avril 2026Couverture du livre de Jean-Marc Royon, couverture bibi…
Quelques mots à propos du "Moineau de la Bastille" de Jean-Marc Royon (Éditions Esquif) dont j'ai réalisé la couverture. Le récit s'ouvre le 14 juillet 1789, prise de la Bastille, et nous embarque une année durant dans les pas de Gaspard, un gamin livré à lui-même dans le bouillonnement révolutionnaire qui anime les rues de Paris. De rencontres en péripéties, Gaspard se confronte à la dureté des temps et, bien vite, depuis le Carreau des Halles jusqu'au bouillonnant Palais-Royal, les "chan-sornettes " du môme futé le font connaitre sous le nom de Pigasse Moineau.
C'est vif, truculent, coloré, pittoresque et scrupuleusement documenté.
Merci encore à l'éditeur, Pierrick Starsky, et à l'auteur pour leur confiance et leur enthousiasme.
Peinture à l’huile, à peu près 40 cm x 70 cm, fin 2025CouvertureDétailUn des premiers états de la peinture