Tu t’en iras les pieds devant…

il y a 15 ans

 
Tu t’en iras les pieds devant
Tu t’en iras les pieds devant,
Ainsi que tout ceux de ta race,
Grand homme qu’un souffle terrasse.
Comme le pauvre fou qui passe,
Et sous la lune va rêvant,
De beauté, de gloire éternelle,
Du ciel cherché dans les prunelles,
Au rythme pur des villanelles,
Tu t’en iras les pieds devant. Tu t’en iras les pieds devant,
Duchesse aux titres authentiques,
Catin qui cherches les pratiques,
Orpheline au navrant cantique.
Vous aurez même abri du vent,
Sous la neige, en la terre grise,
Même blason, même chemise,
Console toi fille soumise,
Tu t’en iras les pieds devant. Tu t’en iras les pieds devant,
Oh toi qui mens quand tu te signes,
Maîtresse qui liras ces lignes,
En buvant le vin de mes vignes,
A la santé d’un autre amant,
Brune ou blonde, être dont la grâce,
Sourit comme un masque grimace,
Voici la camarde qui passe.
Tu t’en iras les pieds devant. Tu t’en iras les pieds devant,
Grave docteur qui me dissèques,
Prêtre qui chantes mes obsèques.
Bourgeois, prince des hypothèques,
Riche ou pauvre, ignorant, savant,
Camarade au grand phalanstère,
Vers la justice égalitaire,
Nous aurons tous six pieds de terre.
Tu t’en iras les pieds devant.
Maurice Boukay (1866-1931)
Il arrive parfois qu’une même idée, qu’une même envie donnent quelques dessins qui se ressemblent. On ne s’étonnera pas de trouver des similitudes entre celui-ci et celui de l’avant dernier post…

 

Lézard en forme de petit Mantegna…

il y a 15 ans

 
Lézard
On prend des manières à quinze ans,
Pis on grandit sans
Qu’on les perde :
Ainsi, moi, j’aime bien roupiller,
J’peux pas travailler,
Ca m’emmerde. J’en foutrai jamais une secousse,
Même pas dans la rousse
Ni dans rien.
Pendant que l’soir, ej’ fais ma frape,
Ma soeur fait la r’tape,
Et c’est bien. Alle a p’us d’daron, p’us d’daronne,
Alle a plus personne,
Alle a qu’moi. Au lieu de soutenir ses père et mère,
A soutient son frère,
Et puis, quoi ?
Son maquet, c’est mon camarade:
I’ veut bien que j’fade
Avec eux. Aussi, ej’ l’aim’, mon beau-frère Ernesse,
Il est à la r’dresse,
Pour nous deux. Ej’m’occupe jamais du ménage,
Ej’suis libre, ej’ nage
Au dehors,
Ej’vas sous les sapins, aux Buttes,
Là, j’allong’ mes flûtes,
Et j’m’endors. On prend des manières à quinze ans,
Pis on grandit sans
Qu’on les perde :
Ainsi, moi, j’aime bien roupiller,
J’peux pas travailler,
Ca m’emmerde.
   Aristide Bruant

 

Clothilde en carte…

il y a 15 ans

 

Le profil à pointes multiples de ma grande Clothilde ressemble à la carte d’un pays imaginaire.

C’est un territoire asséché, ridé, piqué de taches rousses qui affleurent sous un terreau de poudre meuble. Des talus duveteux, poncés studieusement par des nymphes de salon, sont finement retroussés. Dans les vallées qui serpentent sous la squame flasque et translucide des larmes étirées de toxine botulinique se désagrègent. Le matin, sous ses yeux morts, des poches gorgées de sang décoloré, entre le mauve et la garance, stagnent longtemps avant de se dissoudre. Des épines d’ivoire jauni, ébréchées et renflouées d’amalgames gris perle, s’allongent sous des barrières de coraux qui s’émiettent.

Des lianes de filasse tressée, palies par le soleil amolli du Touquet Paris Plage, sont couchées sur des pavillons tourmentés aux fraîcheurs d’ombres bleues. Le lobe, qui coule sur la joue et s’affaisse, est percé d’un anneau d’or.

Sur sa face interne un prénom passé de mode fini de disparaître. 

 

Joss au zoo…

il y a 15 ans


 

Dès que vous l’avez aperçu vous m’avez dit vouloir plonger vos deux mains dans le pelage du grand tigre blanc de Cerza. Vous étiez excitée comme une puce. Je ne vous tenais plus… Vous vantiez l’éclat de sa robe,  vous ne tarissiez plus d’éloges sur sa puissance et sa souplesse. Sur ses griffes rétractiles et assassines vous teniez des propos à double sens dont l’innocence était douteuse.

 

Ah ! Si l’on vous promène, vous, mieux vaut ne pas être jaloux !

 

Et quand il vous a fixée, qu’il a penché sa tête d’un air matois, hum, j’ai bien  vu qu’il salivait pour votre rousseur, qui lui fait tant défaut, et pour votre fragilité qui vous a instantanément transformée en demoiselle de garenne. Ce grand félin, filou, derrière son air con, vous imaginait en plat du jour, ou en amuse-gueule, bien craquante sous le croc…

Et vous, Bécassine, vous minaudiez, prête à fondre… Vous lui serviez, quelle indécence, du « minou, minou… » en frétillant tellement dans votre robe légère, si joliment miroitante dans le soleil, que j’en étais gêné…

 

Vous aviez du mal à vous quitter, tous les deux! Bonjour l’hypnose !

 

On n’allait pas non plus y passer le réveillon ! Pour tenter de vous rapprocher de moi je vous ai dit toutes ces choses drôles qui vous ravissaient la veille, j’ai remis en place une mèche de vos cheveux, et j’ai voulu vous entraîner plus loin. « Restons encore un peu… » m’avez-vous dit, distraite.

Chipie…

 

Bon ! Je peux bien vous le dire maintenant que ma colère est retombée, je n’ai pas aimé que vous me disiez d’un ton sec et agacé, tout en vous délivrant vivement de mon bras, que vous n’aimiez pas les potamochères !

 

Je ne sais toujours pas comment je dois le prendre…

 

Du coup, je me demande encore si je vais vous emmener caresser la raie à Nausicaà, comme promis, dimanche prochain…

Larry et le Guggenheim de Bilbao…

il y a 15 ans

 

Le visage chafouin du gars Larry correspond bien à mon enthousiasme. Je veux dire question retour en Normandie…

 

 

Si j’ai vu de belles choses ici ou là pendant mon périple? C’est rien de le dire… Des merveilles. Des trucs intimes qui ne se partagent pas bien par le web.

 

Si j’en ai vu de drôles? Ah bah oui alors…

Allez, prenons un exemple au hasard. Figurez-vous qu’un gars a réussi à caser au Guggenheim de Bilbao le contenu d’un container rempli de déchets de chantiers… Des plaques ébréchées de placo, des débris de plâtre, des bidons ou des lames de stores tordues… Il a éparpillé tout ça en quelques îlots dans une grande salle magnifique et c’est devenu une œuvre d’art. Fortiche non?

On vous raconte la démarche de l’artiste dans des audiophones sur un ton convaincu.  Du papotage. Ça parle de sculptures éphémères. Il est question de la « recherche de l’auteur ». Entre nous ça cherche plus que ça trouve dans cette salle-là…

Personne parmi les visiteurs en tongs ne moufte…  On tourne autour des petits tas, des monticules, des étalages en se demandant si c’est pas un gag pour la caméra cachée. On est quand même sans illusions parce qu’on en a vu d’autres, ailleurs. On pourrait sourire, mais non. On prend des airs concernés ou des mines profondes. Certains prennent des notes. Sans doute qu’on a la trouille de passer pour d’affreux réactionnaires qui ne comprendraient rien à l’art contemporain.

Des fois, moi, j’ai peur de trop bien comprendre… Je veux dire le réseau, les cooptations, l’intérêt des complices à maintenir l’illusion d’une certaine forme d’intelligence… C’est un petit monde plutôt incestueux, l’art contemporain institutionnel… Il y a de la dégénérescence. Je trouve que les derniers poulots ont l’air taré. Faudrait pouvoir voir les caryotypes avant de se prononcer définitivement…

Passons, on connaît tout ça… D’autres savent mieux que moi tailler les costards et ne sont pas plus entendus.

 

Je sens des futés, derrière leurs écrans, qui se demandent pourquoi je persiste à aller me faire du mal dans des endroits pareils…  C’est parce que, parfois, on y trouve quand même de belles choses (un commissaire d’exposition ou un conservateur  n’est jamais à l’abri d’un acte manqué !)

C’est aussi parce que ça renforce mon intérêt pour les sans-noms, talentueux ou pas, les besogneux et les tâcherons de la peinture qui font des travaux sensas ou consternants, les humbles artistes qui accrochent peu, ou mal, et qui bossent dans leur coin sans le soutien de personne.

Hé ! Oh ! ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! Je sais que le gros de cette troupe est aussi composé de gros nuls. Je ne chante pas le contraire ! Je dis juste qu’on n’est pas obligé de venir avec son bagage de morgue pour y faire son marché et qu’ils ne vous payent pas de mots… Ce n’est déjà pas si mal.

La prochaine fois je serai moins bavard…

Je compte sur un retour à l’atelier pour calmer certaines de mes passagères aigreurs…

 

Justement elles en causaient, des vacances…

il y a 15 ans

 

Tout ça pour vous dire que moi aussi, parce que j’ai été sage et que j’ai bien travaillé, je pars voir ailleurs si le soleil ne pourrait pas me rosir les arpions…  J’emmène mon bloc… On sait jamais…

Allez, la grosse bise qui claque et à bientôt… (J’ai bien travaillé, mais je ne suis pas riche et je ne pars pas très longtemps… De toute façon trop longtemps, trop loin de mes crayons et de mes pinceaux, je deviens grognon et c’est pas bon pour mon image…)