Le regard coupable, la toile dans son ensemble…

il y a 14 ans

Soluto peinture dessin Regard Coupable Jean Roger Caussimon  
Acrylique sur toile   100 cm x 100cm   2012

Je ne sais plus comment c’est arrivé, mais je me revois à ce moment précis où je suis debout, silencieux, devant le grand coffre ouvert.  Sans doute ai-je essayé à un moment de tirer la roue vers moi, comme je le faisais presque à chaque fois que je venais dans ce bureau. Je ne sais plus rien du probable étonnement qui a dû me saisir quand la lourde porte qu’on avait oublié de fermer s’est ouverte sans un bruit. J’ai beau multiplier les efforts de mémoire, les deux séquences s’enchaînent, distinctes, sans que je parvienne à faire la transition. Pour la première fois je suis seul devant la gueule béante de ce monstre de fonte et d’acier. Il y fait sombre, il y fait froid, un enfant comme moi, si l’on retirait les quatre tablettes métalliques, pourrait y tenir. L’idée m’en est venue et j’ai frissonné. Je me suis immédiatement senti en faute. J’ai redouté ou espéré qu’on me surprenne en flagrant délit. J’ai avancé les mains… Il y avait deux magazines, une enveloppe de papier kraft avec des photographies et trois ou quatre boites en carton. Pas de billets de banque, pas de courriers, un peu de paperasse sur la plus haute tablette… Finalement bien peu de choses par rapport à ce qu’un tel meuble aurait pu contenir de secrets…

 

 

Monsieur William…

il y a 14 ans

Soluto peinture dessin Jean Roger Caussimon  
Acrylique sur toile   50 cm x 50 cm  2012
Soluto peinture dessin Jean Roger Caussimon  
Détail
Soluto peinture dessin Jean Roger Caussimon  
Détail (peau de peinture)
C’était vraiment un employé modèle
Monsieur William
Toujours exact et toujours plein de zèle
Monsieur William
Il arriva jusqu’à la quarantaine
Sans fredaine
Sans le moindre petit drame…
Mais un beau soir du mois d’août
Il faisait si bon, il faisait si doux
Que Monsieur William s’en alla
Flâner droit
devant lui
au hasard
et voilà !… -Monsieur William ! Vous manquez de tenue !
Qu’alliez-vous fair’ dans la treizième av’nue ?… Il a trouvé une fill’ bien jeunette
Monsieur William
Il lui a payé un bouquet de violettes
Monsieur William
Il l’a suivie à l’hôtel de la Pègre
Mais un nègre
A voulu prendre la femme…
Monsieur William, hors de lui
Lui a donné des coups de parapluie
Si bien que l’autre, dans le noir
Lui a cou-
pé le cou
en deux coups
de rasoir… -Monsieur William ! Vous manquez de tenue !
Qu’alliez-vous fair’ dans la treizième av’nue ?… Il a senti que c’est irrémédiable
Monsieur William
Il entendit déjà crier le Diable
-Monsieur William !
Mais ce n’était que le chant monotone
D’un trombone
Chantant la peine des âmes
Un aveugle, en gémissant
Sans le savoir, a marché dans le sang
Et dans la nuit, a disparu…
C’était p’t-êtr’
le Destin
qui marchait
dans les rues… -Monsieur William ! Vous manquez de tenue !
Vous êtes mort… dans la treizième av’nue !…
   Jean-Roger Caussimon
(A bientôt pour le bouquet de violettes, la fille un peu jeunette, l’aveugle, le rasoir, la flaque de sang…)