Archives de l’auteur : soluto
J’aurai passé ma vie à faillir m’embarquer …
Margareth…
C’est rue de la Crique que j’ai fait mes classes
Au Havre dans un bar tenu par Chloé
C’est à Tampico qu’au fond d’une impasse
J’ai trouvé un sens à ma destinée
On dit que l’argent est bien inodore
Le pétrole est là pour vous démentir
Car à Tampico quand ça s’évapore
Le passé revient qui vous fait vomir
C’est là qu’j’ai laissé mes joues innocentes
Oui à Tampico je m’suis défleurie
Je n’étais alors qu’une adolescente
Beaucoup trop sensible à des tas d’profits
Les combinaisons n’sont pas toujours bonnes
Comme une vraie souris j’ai fait des dollars
Dans ce sale pays où l’air empoisonne
La marijuana vous fout le cafard
On m’encourageait j’en voyais de drôles
Je vidais mon verre en fermant les yeux
Quand j’avais fait l’plein je voyais l’pactole
Et les connaisseurs trouvaient ça curieux
Une fille de vingt ans c’est pour la romance
Et mes agréments semblaient éternels
Mais par ci par là quelques dissonances
En ont mis un coup dans mon arc-en-ciel
C’est là qu’j’ai laissé derrière les bouteilles
Le très petit lot de mes p’tites vertus
Un damné matelot qui n’aimait qu’l’oseille
M’en a tant fait voir que j’me r’connais plus
Oui il m’a fait voir le ciel du Mexique
Et m’a balancée par un beau printemps
Parmi les cactus dans l’décor classique
Où l’soleil vous tue comme à bout portant
Un coq shangaïé un soir de folie
A pris mon avenir de même qu’un cadeau
Il m’a dit « Petite il faut qu’on s’marie
Tu seras la fleur d’un joli bistrot »
De tels boniments démolissent une femme
Je m’voyais déjà derrière mon comptoir
Les flics de couleur me disaient « Madame! »
Bref je gambergeais du matin au soir
Mon Dieu ramenez-moi dans ma belle enfance
Quartier Saint-François au Bassin du Roi
Mon Dieu rendez-moi un peu d’innocence
Et l’odeur des quais quand il faisait froid
Faites-moi revoir les Neiges exquises
La pluie sur Sanvic qui luit sur les toits
La ronde des gosses autour de l’église
Mon premier baiser sur les chevaux d’bois
Et maintenant?…
« Oh, ben maintenant, qu’il me dit comme ça en me tournant le dos, y a plus qu’à attendre… Et reste pas là dans mes pattes avec ton carnet, ta gomme et tes crayons! Tu mets du désordre dans les secondes qui passent… Nan, même là c’est encore trop près… Recule et prend des leçons…
Moi, mon petit savoir-faire, il n’est pas de capturer des bonhommes sur des morceaux de papier! Il est dans l’art d’être au monde en en faisant le moins possible…
Recule que je te dis! Tu empêches l’air de circuler dans les feuilles. Avec ton blabla incessant tu fais des rides sur l’eau du bassin. Même le bruit du pas des femmes sur le gravier crissant tu trouves le moyen de le corrompre!… Respire moins fort ! Arrête de mettre ton carnet de croquis entre toi et le monde… Il t’a reconnu, le monde ! En tout cas, il t’a fait une place. C’est déjà beaucoup… Il se fiche bien de toi…»
Faire trois cents bornes pour entendre des bêtises comme ça ! Brûler du gas-oil et payer des parkings en plein Paris pour que monsieur me la joue grand sage ! Merci bien ! Je le lui ai dit ! Je le lui ai même chanté ! « Ton panthéisme est décousu ! Si ça continue on verra le trou de ton… Panthéisme est décousu ! »
Il m’a regardé drôlement. Il avait l’air consterné.
J’étais bien vengé !
« C’était d’un coup devenu vachement plus cool, tu vois… »
Mauvaise troupe…
Victorien et Ultrabook…





