Michel Houellebecq, l’oscillation de la souffrance à l’ennui…

il y a 12 ans
Michel Houellebecq soluto huile peintureHuile sur panneau, 40 cm x 40 cm, 2014

J’ai voulu peindre Michel Houellebecq dans une gamme de gris colorés, ni trop chauds, ni trop froids, oscillant du violet minéral au vert sourd. J’ai chassé le blanc de titane de ma palette et abaissé par le jaune de Naples toutes les lumières franches afin qu’elles ne soient pas trop crues.
Le gris est la couleur de la désillusion, de la nuance. Ses inflexions, tantôt roses, tantôt mauves, tantôt bleus, chantent les regrets, la nostalgie, l’ennui, l’ironie parfois. Sans lui l’éclat n’existe pas, il n’est que bruit, fracas, éblouissement et il manque d’assise.
Je désirais rester dans la gamme des sentiments mélancoliques que les poèmes et les romans de ce grand auteur contemporain m’inspirent.

Môminettes de papier, coquineries des marges…

il y a 12 ans

soluto nus femmes nues croquis crayon lavis

La main court toute seule sur les blocs épuisés. Une page sautée, retrouvée, un espace vide sous un dessin raté, une demi feuille cornée et hop surgissent des belles. Où sommeillaient-elles avant que je les réveille ?

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Ni pin-up, ni académiques, nées de rien, d’une idée, d’un mouvement, elles s’obstinent. Je les fouille d’une mine acharnée, la langue pliée, le sourcil froncé. C’est une hanche que je creuse, un sein que je retiens, que j’alourdis à plaisir. Ici c’est une fesse que je remplis et des reins que je plie, là un sexe que je fends, un pubis que je noircis, plus haut un sale rictus que je bâillonne, que je gomme sans remord. On est son maitre.

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Petits bonheurs faciles, silhouettes empâtées ou graciles, bancales ou élancées, résistantes ou fluides, elles prennent la forme de mes désirs enfouis.
Les dessiner c’est déjà les posséder un peu. Les repentirs n’en sont pas, ils montrent mes ambivalences. Vite croquées, inconséquentes, souvent réjouissantes, je les destine à l’oubli.

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Comme ces belles de la vraie vie, entraperçues, mouvantes, fuyantes, vite évanouies. J’ai beau essayer de mémoriser la ligne d’une jambe lancée, le mouvement d’une chevelure, l’élan d’un port de tête conquérant, je ne retiens jamais rien. Le regard en alerte est toujours oublieux.
Mais à l’heure où elles se confondent je me venge dans le secret de mes papiers. Je les y jette sans vergogne, les déshabille sans scrupule, les taquine d’un trait caressant. Je ne leur passe plus rien.
Je les retrouve toutes pour m’en débarrasser voluptueusement.

crayonnés divers rassemblés

Cavanna, mes seize ans…

il y a 12 ans
Cavanna dessin SolutoEncre de chine sur papier 21 cm x 21 cm 2014

Avec mes 5 francs d’argent de poche j’achetais pieusement Charlie-Hebdo chaque semaine.
J’aimais toutes ses pages ou presque.
Reiser me cueillait systématiquement. Il m’arrachait des rires incontrôlables et me troublait beaucoup quand il parlait amoureusement et irrespectueusement des femmes. Je comprenais que les deux n’étaient pas incompatibles mais ne savais trop que faire de cette découverte.
Berroyer m’enchantait par son humour, son goût de l’anecdote, son écriture drolatique, toujours surprenante, son sens de la chute.
J’aimais aussi beaucoup Sylvie Caster dont l’article rédigé à la suite de la mort de Brel m’avait bouleversé (comme j’aimerais relire ce texte …)
Les dessins de Cabu, ses reportages dessinés, m’en fichaient plein la vue. Je ne le lisais d’ailleurs plus. Je le trouvais trop manichéen mais je le contemplais interminablement.
Et puis il y avait Cavanna. Je le lisais avec une attention soutenue. Bon sang de bonsoir, à chaque fois que j’avais fini son article je me sentais moins bête. On a bien le droit, à seize ans, d’être immodeste. Il venait combattre mon petit monde de préjugés. Il dégommait sec, avec grâce, dans un langage que je recevais cinq sur cinq quoiqu’il ne me fût pas naturel. C’est peu de dire qu’il a dévié le cours de ma vie.
Chez moi on pensait comme tout le monde. Et même, plus précisément, on pensait comme celui qui portait beau. Par exemple, en 74, mes parents votèrent Giscard qui, selon eux, présentait mieux que Mitterrand… On en était là… Autant dire qu’on ne pensait pas. J’aurais pu, j’aurais dû poursuivre sur cette voie. J’aurais été bien plus tranquille !
Mais avec mes cinq francs hebdomadaires (il fallait que je négocie pour pouvoir acheter aussi Métal Hurlant qui, si mes souvenirs sont bons, coûtait les yeux de la tête. Par chance j’étais abonné par une vieille cousine à Pilote Mensuel…) je courais vite à la Maison de la Presse d’Elbeuf pour acheter Charlie.
La paille était dans le fer.
Je voyais à l’œuvre le plaisir de penser sous la plume de Cavanna. Avec ses sujets improbables, décalés par rapport à la plus chaude actualité, son goût de l’argument, son verbe alerte, coloré, son sens de l’humour et du dérisoire, il me poussait à la gamberge.
Du moins le croyais-je à l’époque… Pense-t-on vraiment jamais ? On ne fait que tomber du côté où l’on penche avant même de s’être donné de bonnes raisons pour ne pas basculer vers d’autres bords. Ce qui est sûr c’est que ce temps de lecture était une joie vive, avec un goût de revanche sur la fadeur de mon quotidien d’adolescent.
Je m’étais promis, quand il mourrait, d’aller à son enterrement. Mais pas de bol, ce jour-là j’avais mieux à faire. Que voulez-vous, je manque d’empressement, parfois, à respecter mes promesses.
Et puis honorer ce mort eut été honorer la Mort. On a beau s’employer à l’enfermer dans une métaphore, ce néant-là, parce qu’il est toujours devant nous, fiche les foies.
Marcher lentement, la larme retenue, le nez baissé en guise d’hommage ne vaudra jamais la relecture des Ritals ou des Russkoffs. J’ai eu raison d’économiser mon billet de train, d’avoir boudé le cortège funèbre.
Pas sûr, de toute façon, qu’il aurait goûté la faiblesse de ma venue, lui qui détestait la mort si fort, qui nourrissait même l’espoir de la tuer un jour…

Sursaut!

il y a 12 ans

Dernier article paru sur mon précédent Blog

La plupart des publications précédentes ont pu être rapatriées. Certaines, peut-être, manquent à l’appel. Cette nouvelle page est en pleine maturation, elle est très imparfaite et vos réflexions, par messages privés, sont les bienvenues. Merci à tous de votre vigilance…

portrait soluto huile peinture

  Aquarelle — 21cm x 21cm — Septembre 2014

Une image, ma bobine, pour patienter jusqu’à la mise en ligne du nouveau blog

(En tout cas je suis ravi de voir que ma page attire encore quelques visiteurs. Sans nouveau billet depuis si longtemps, et parasité par la publicité, c’est inespéré… Merci…)