Du rose, du mauve et même du vert sous la casquette…

il y a 11 ans

portrait soluto huile peinture

Huile sur médium, 40 cm x 40 cm, 2014

Gros plan peint de l’infiltré de l’article précédent. Ou comment glisser d’une encre à une huile, du sec au frais, du trait au plein, de la ligne à la masse, de la réserve du papier aux blancs colorés, pâtes épaisses, si délicieuses à tirer.

Infiltrés 02…

il y a 11 ans

portrait soluto huile peinture

Encre de Chine – 93 mm x 144 mm  – 2014

Ils ne rêvent pas des femmes qu’ils n’ont pas eu, ni ne regrettent la soif idéale. Ils sont installés dans une pliure du temps et s’appliquent à ne pas remuer.
Leurs os gris et cassants supportent leur peau fripée. Leurs bouches abritent des appareils. Leurs mains craquent.
Ils ont le sérieux des bilboquets.
Le matin ils surveillent leurs crottes, le jour entier lambinent sous la casquette.
Ils flétrissent patiemment et leurs yeux défraichis ne contemplent plus rien.
Quant à nous nous ne saurions nous plaindre par anticipation.

Les yeux dans l’eau…

il y a 11 ans

Plaisir de la goutte qu’un peu d’encre corrompt et qu’on pousse du pinceau en divaguant.

Flânerie sur papier pour me reposer des portraits maitrisés de Cavanna, Brassens et autre Bukowski…

lavis soluto nu femme

15cm x20 cm, Lavis, 2014
lavis soluto nu femme
20 cm x 20 cm , lavis, 2014
lavis soluto nu femme
29,7 cm x 21 cm, lavis et crayon de couleur, 2014

Infiltrés 01…

il y a 11 ans

Ils dorment, noués dans un fil d’encre, au fond des flacons.
On les pique de la plume, les réveille peut-être
Pour les délier du secret où l’ennui les confine
On les arme amoureusement.

Sur le papier grenu, d’une griffe assurée, ils se déposent
S’accrochent un temps aux squelettes de graphite.
Leurs lignes incisives mordent la frange, roulent et s’enhardissent
Ils naissent en volutes et s’imposent un temps.

Ils s’évanouiront demain dans un étui de carton
À jamais cachés pour ne pas encombrer
Leurs pairs qui viendront inexorablement.
Malgré leurs promesses ils ne valent pas mieux que moi.

Ils partagent mon sort, sans la moindre plainte, élégamment
Et ne comptent que sur eux-mêmes pour bien se défendre.
Gravement doués de silence, sans épaisseur, sans ambiguïtés,
Vides de sentiments, indifférents à tout, savent-ils que je les envie ?

Le 8 décembre 2014

encre soluto dessin personnageEncre de Chine – 93 mm x 144 mm  – 2014
encre soluto dessin personnageEncre de Chine – 93 mm x 144 mm – 2014

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Brassens, des pleines bouches de mots crus…

il y a 11 ans
Brassens portrait soluto dessin encreEncre de Chine, 21 cm x 29,7 cm 2014

Enfant j’aimais déjà les chansons. Dans ma famille, d’ailleurs, on chantait beaucoup. En fin de repas dominical mon grand-père attaquait au débotté La ratatouille en picard ou La sérénade de la purée. Ma grand-mère suivait avec La chanson des blés d’or et Les montagnards que la tablée reprenait en chœur. Comme tout le monde je donnais de la voix, porté par le plaisir de vibrer à l’unisson d’une famille qui était tout mon horizon. Un oncle musicien prenait la tierce, un cousin sortait son harmonica, un autre allait chercher son accordéon. Les vieux se rasseyaient. Leurs enfants chantaient Si tu t’appelles Mélancolie ou Faut pas pleurer comme ça. Ma mère poussait dans les grandes occasions Le petit bois de Trousse-Chemise ou tu t’laisses aller. Les dimanches en Picardie passaient, pleins, sonores, serrés autour d’une table, dans la fumée des cigarettes et des pleins verres de cidre pur-jus vidés d’un trait.
Les dimanches passaient, mon enfance avec…
J’ai cru, à l’adolescence, devoir mépriser ces chansons d’un autre âge. Il me fallait, les dimanches où je condescendais à suivre mes parents dans ces repas interminables, me forcer un peu pour retrouver mes enthousiasmes de chanteurs. Cependant, à l’abri du regard des copains, étourdis par l’alcool de pomme, je finissais par beugler avec la tribu, non sans un peu de regrets d’être si facile à retourner.
En semaine j’écoutais des 45 tours de Johnny sur un combi tourne-disque-lecteur de musicassettes dernier cri. Seul dans ma chambre mansardée je rêvais sur la pochette d’À tout casser où l’on voyait mon idole sur une moto entouré d’une bande d’affreux-jojo. Je ne savais pas encore qu’il s’agissait d’une resucée de L’équipée sauvage, ni que Johnny, soumis à ses modèles, se donnait beaucoup de mal pour leur ressembler sans jamais y parvenir. Grâce à ce Hells Angel de papier carbone je me sentais en totale rébellion. J’avais tort. On couvait d’un œil tendre mon idolâtrie et l’on pensait avec indulgence qu’« il faut bien que jeunesse se passe… » On devinait mieux que moi à quel point le franco-belge n’était pas plus menaçant que la bd du même nom.

C’est au lycée que j’ai découvert George Brassens. J’en avais entendu parler auparavant, bien sûr, mais on lui avait depuis longtemps réglé son compte. Le jugement maternel avait été définitif. Il portait son costard : Il marmonnait dans sa moustache, sa musique c’était « toujours pareil ». Elle prétendait même qu’il chantait faux.
Un 33 tours est tombé entre mes mains. La Chasse aux Papillons, Le gorille, Le parapluie me sont entrés dans la tête pour ne plus jamais en ressortir. Je me suis mis à l’écouter passionément, le chantonner, le réciter. Je me souviens de mon éblouissement devant la subtilité des rimes toujours riches de ses vers ajustés avec un soin d’ébéniste. J’ai exploré sa discographie, approché, lu, appris les poètes qu’il chantait, suis tombé en amour pour Verlaine.
Do, mi, sol, mi, fa, tout ce monde va…
Le timbre de sa voix était doux comme le bois veiné des vieux meubles lustrés qu’on caresse, vibrant comme la chaude couleur des guitares en construction des pochettes, amusé ou profond comme le charme même. La forme poétique, qui semble de loin un corset étouffant, lui permettait de composer des vers malicieux, pudiques, ironiques, impertinents, tendres et gaulois.
Tandis que certains pleuraient des Madeleine qui n’arrivaient pas (Tiens ! on doit fermer chez Eugène…) que d’autres, malaaaades, buvaient toutes les nuits, tous les whiskys, lui évoquait sans emphase un flux lacrymal qui faisait la quinzaine. J’appréciais la différence et choisissais mon camp, celui du moindre mal, de l’économie des moyens, de la rigueur, de l’intensité alliée à la sobriété…

Plutôt prendre les coups d’un air blagueur, même si en cachette dans mon cœur, la peine est bien profonde.

Des pleines bouches de mots crus tout à fait incongrus.
Un répertoire connu par cœur.
Des chansons que je chantonne ou que je me récite quand la vie traine en longueur.
Une délicatesse qui ne s’use pas.

Supplique pour être enterré à la plage de Sète
La sérénade de la purée

Michel Houellebecq, l’oscillation de la souffrance à l’ennui…

il y a 11 ans
Michel Houellebecq soluto huile peintureHuile sur panneau, 40 cm x 40 cm, 2014

J’ai voulu peindre Michel Houellebecq dans une gamme de gris colorés, ni trop chauds, ni trop froids, oscillant du violet minéral au vert sourd. J’ai chassé le blanc de titane de ma palette et abaissé par le jaune de Naples toutes les lumières franches afin qu’elles ne soient pas trop crues.
Le gris est la couleur de la désillusion, de la nuance. Ses inflexions, tantôt roses, tantôt mauves, tantôt bleus, chantent les regrets, la nostalgie, l’ennui, l’ironie parfois. Sans lui l’éclat n’existe pas, il n’est que bruit, fracas, éblouissement et il manque d’assise.
Je désirais rester dans la gamme des sentiments mélancoliques que les poèmes et les romans de ce grand auteur contemporain m’inspirent.

Môminettes de papier, coquineries des marges…

il y a 11 ans

soluto nus femmes nues croquis crayon lavis

La main court toute seule sur les blocs épuisés. Une page sautée, retrouvée, un espace vide sous un dessin raté, une demi feuille cornée et hop surgissent des belles. Où sommeillaient-elles avant que je les réveille ?

soluto nus femmes nues croquis crayon lavis

Ni pin-up, ni académiques, nées de rien, d’une idée, d’un mouvement, elles s’obstinent. Je les fouille d’une mine acharnée, la langue pliée, le sourcil froncé. C’est une hanche que je creuse, un sein que je retiens, que j’alourdis à plaisir. Ici c’est une fesse que je remplis et des reins que je plie, là un sexe que je fends, un pubis que je noircis, plus haut un sale rictus que je bâillonne, que je gomme sans remord. On est son maitre.

soluto nus femmes nues croquis crayon lavis

Petits bonheurs faciles, silhouettes empâtées ou graciles, bancales ou élancées, résistantes ou fluides, elles prennent la forme de mes désirs enfouis.
Les dessiner c’est déjà les posséder un peu. Les repentirs n’en sont pas, ils montrent mes ambivalences. Vite croquées, inconséquentes, souvent réjouissantes, je les destine à l’oubli.

soluto nus nues femmes croquis crayon lavis

Comme ces belles de la vraie vie, entraperçues, mouvantes, fuyantes, vite évanouies. J’ai beau essayer de mémoriser la ligne d’une jambe lancée, le mouvement d’une chevelure, l’élan d’un port de tête conquérant, je ne retiens jamais rien. Le regard en alerte est toujours oublieux.
Mais à l’heure où elles se confondent je me venge dans le secret de mes papiers. Je les y jette sans vergogne, les déshabille sans scrupule, les taquine d’un trait caressant. Je ne leur passe plus rien.
Je les retrouve toutes pour m’en débarrasser voluptueusement.

crayonnés divers rassemblés