Nul ne sait où il a levé cette péronnelle. On le disait inconsolable après la mort de maman. Tiens, tu parles… Six mois plus tard il cavalait les thés dansants de tous les casinos de
Nul ne sait où il a levé cette péronnelle. On le disait inconsolable après la mort de maman. Tiens, tu parles… Six mois plus tard il cavalait les thés dansants de tous les casinos de
…était comme une âme en peine. Au lycée les garçons ne l’avaient pas vue. Ni pendant ses années d’université d’ailleurs. Elle était allée à quelques fêtes mais n’y avait jamais trouvé sa place. Elle avait fait des voyages de groupe avec des associations versées dans le culturel. Elle connaissait par coeur la Grèce et l’histoire de la renaissance italienne, mais pas les grecs, ni les italiens. Eux non plus ne l’avaient pas vue. Quand son chat est mort elle n’a pas cherché à le remplacer. Elle l’avait beaucoup aimé mais elle disait que ce petit animal était aussi une contrainte. Qu’elle était mieux seule. Elle avait renoncé à rencontrer un homme et n’en était pas triste. Maintenant, le mercredi matin, elle allait dans les quartiers donner un coup de main aux gens de la banque alimentaire. Finalement, pour tout le monde, c’était mieux comme ça.
Miss Madeleine Labrèze
L’école des garçons, la veille des vacances d’été. Il pense que ça devait être en 1967. En est-il sûr ? Il répond que oui, presque. Et alors ? Veut-il bien dire ce qui s’est passé en cette fin d’année ? Veut-il bien préciser un peu ? Il croit qu’il peut. Il faut lui arracher les mots avec un chausse-pied à celui-là! Bernardin contient son agacement. Il met les mains à plat sur le bureau, sourit et croit mêler à son sourire beaucoup d’empathie. En lui-même il pense : « va-t-il le cracher son secret à deux balles… » Il sourit encore, un peu plus fort, un peu plus mal. L’autre lève enfin la tête et, pas plus embarrassé que ça, se met à raconter :
— C’était la fin de l’année. De ma première année de grande école. Plus question de travailler. A l’époque il y avait une chanson qui faisait « au feu les cahiers… » Comme c’était l’usage, la veille des vacances, nous faisions des jeux dans
— Bon ! Ça va ! fit Bernardin. Ça va !… On a pigé !
Comme si Bernardin pouvait piger quelque chose… L’autre était redescendu d’un coup quarante ans en arrière. Il avait retrouvé sur fond d’odeur d’encre et de craie la douce chaleur de juin, la grande lumière d’été, la peau douce et salée de Labrèze…