Dis-moi oui (si t’es pas Cap…)


Sacré Jean.
Au Havre, où tu naquis, on ne te voit plus. Je ne sais dans quelle réserve on a relégué la grande sculpture, très moyenne au demeurant, qu'on a longtemps croisée au musée Malraux (c'était avant que la grenouille ne se veuille aussi grosse que le bœuf et que le musée ne prenne le nom de MuMa).
Personne n'a eu l'idée de donner ton nom à une école (ceci dit, tu as assez répété que tu n'aimais pas les enfants). Il n'existe qu'une petite rue qui porte ton nom, perdue dans le sud de la ville, où personne ne va jamais se promener. Je n'en avais même pas connaissance avant ma recherche Google.
C'est peut-être mieux comme ça.
En attendant, c'est dimanche, la tempête s'est éteinte, je range mes catalogues, je fais ton portrait.



On faisait tourner l’obstbrand depuis un moment quand on a vu Scipion, le chien de l’hôpital de Séville, rajuster ses lunettes. On s’est tus aussitôt. L’autorité naturelle du mec… Il s’est levé. De sa belle voix de baryton martin, que trop de robustos cubains avait abrasée, il a déclaré :
— Les gars, je vais vous dire, telle qu’elle nous est imposée, notre vie, elle est trop lourde…
Il avait vraiment le chic pour casser les ambiances. On allait encore se farcir ses phrases définitives. Ça n’a pas manqué. Il a continué.
— En vrai, elle nous inflige trop de peines, de déceptions, de tâches insolubles, la vie. Pour la supporter, nous ne pouvons nous passer de sédatifs. A force de gamberge j’en suis arrivé, moi, le grand neuro-penseur, à la conclusion que les sédatifs en question sont peut-être de trois espèces. Vous m’écoutez ? En prem’s il y a les fortes diversions, qui nous permettent de considérer notre misère comme peu de chose. En deuze il y a des satisfactions substitutives qui l’amoindrissent. Et pour terminer il y a les stupéfiants qui nous rendent insensibles à l’insoutenable pesanteur de l’être. (C’est bien ça, non ? « L’insoutenable pesanteur de l’être », ça pourrait faire un titre de bouquin). J’ai nommé la coco, le jaja, les tickets à gratter, les réseaux sociaux… Voyez le genre… Il n’y a pas à tournicoter : l’un ou l’autre de ces moyens nous est indispensable. Avez-vous des questions ?
Bien sûr que non. On n’allait pas le relancer. Il savait se relancer tout seul.
Il a repris comme pour lui-même :
— Les satisfactions substitutives, celles par exemple que nous offre l’art, ce sont sans doute des illusions au regard de la réalité mais elles n’en sont pas moins efficaces psychiquement, grâce au rôle assumé par l’imagination dans la vie de l’âme. Les stupéfiants, eux, influent sur notre organisme, en modifient le chimisme. Alors ? vous en dites quoi ? Je crois que tiens quelque chose…
On n’a toujours rien dit. Il s’est rassis, a continué de marmonner. C’était mieux de le laisser dans ses délires.
Nous, on a recommandé des schnaps…
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