Edward Hopper (1882-1967)

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Edward Hopper (1882-1967)
Il méprisait l’illustration. Un jour que Jo, sa grinçante épouse, décrivait une de ses toiles pour une télévision américaine, Edward l’interrompit.
— Arrête, tu en fais du Rockwell !
Il détestait l’anecdote, le pittoresque et la petite trouvaille qui pousse au bon sourire. Il ne pouvait pas voir l’idée en peinture. Non, lui, ce qu’il goûtait c’était l’indicible, les sentiments mêlés, la sensation au sens rimbaldien du terme. De sa formation en France, d’ailleurs, il avait ramené une touche impressionniste et une passion pour Verlaine, Rimbaud. Pour Hugo, aussi. Alors ça !
Ses toiles de jeunesse, parisiennes, sont fluides, enlevées, presque jetées. Celles de la maturité sont structurées, pesantes, magistrales, prenantes, hypnotiques. On a beau les avoir trop vues, elles nous arrêtent encore et viennent directement fouiller ce qui en nous se tait et nous étreint.
Les marchands l’ont bien compris, qui le collaient à tout-va sur les couvertures de leurs livres, en misant sur l’effet barnum de sa peinture. Ses images sont un siège rehausseur pour tous les petits auteurs. Il offre, n’est-ce pas, un tel écho à notre sentiment de solitude, à notre condition humaine.
L’illustrateur Rockwell n’illustre plus rien. Il est démodé, encapsulé dans l’âge d’or d’une Amérique qu’on ne cesse de revisiter et de remettre en cause. Le joli a fait long feu. Il vaut pour ce qu'il était. Hopper, lui, n’a pas bougé. La séduction n’était pas son affaire. Toujours nous irons vers ces artistes inflexibles. Ceux qui nous font des mines nous lassent vite.
Crayon, 21 cm x 29 cm, 2026

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