Miss Danvers Suite à la lecture du livre d’Adèle Yon, Mon vrai nom est Élisabeth*, j’avais souhaité revoir le film Rebecca d’Hitchcock (1940). J’en avais tiré une série de dessins. Quelques-uns avaient été postés sur Fb et sur ce blog. Deux de Miss Danvers ont été repris pour graver ce lino.
=> 20 tirages gravures linoléum. A3, papier Canson 90g, encre noir Cranfield à l’huile + quelques E.A. Quelques tirages, bientôt, dans la boutique.
* On ne perd pas son temps quand on le lit. Le livre a du style et il est original dans sa structure. Il est aussi redoutablement étayé, même s’il est sûrement discutable sur quelques points (une ancienne infirmière, sur Babelio, qui a travaillé dans l’hôpital mentionné, a amené un contrepoint qui doit être entendu – et qui ne retire pas grand-chose à la justesse du texte). La peur et le qui-vive qui troublent la vie de l’auteur, et qui sont consécutifs à la folie de son aïeul, sont souvent évoqués par de jeunes patients. La dernière partie, abréactive (si on me permet ce néologisme) est remarquable.
C’est l’autre grand Duduche. Il était peut-être moins drôle, mais il était plus farceur. Il jouait aux échecs contre des dames nues, ce qui ne l’empêchait pas de gagner quand même. Cet amateur de choses toutes faites cultivait des champs de poussière, se travestissait pour promouvoir des senteurs, peignait des moustaches à Mona Lisa et créait des acronymes rigolos. Il contrepétait à l’occasion. C’était un champion du désengagement. Pour lui l’art était moins une affaire d’artiste que de musées et de regardeurs. Ceux qui s’en réclament sont tous nuls. Ils s’appuient sur l’escabeau de son discours. Si vous retirez l’escabeau tout dégringole (mais vous pouvez garder les financements). Gloire aux artistes contemporains qui proclament : Fontaine, je ne boirai pas de ton eau.
Je me demande s’il était taquin et s’il aimait la reine. Je repense aussi à ces photos du vieillard, au lit avec Kate Moss, qu’il a peinte (sur et sous la toile, quels beaux draps !). Ses premières œuvres étaient maigres, dessinées, presque gracieuses. Les dernières étaient grasses, texturées, massives et brutales. Des gris froids, des jaunes, des ocres et des terres pour peindre la peau, la chair, le cru, le rond et le froissé dans une lumière glaçante. Peu de chose, in fine, pour dire sans ambages la vérité des corps étalés et notre condition.
Crayon de couleur, 21 cm x 29,7 cmMise en page numérique
Riri et Pablo se tiraient la bourre. Il me semble qu'aujourd'hui, la fraîcheur de Matisse l'emporte. L'épure, l'épure. Nous aimons ses fusains, ses papiers découpés, ses huiles fauves. Nous aimons tout en fait. (A influencé des créateurs de tissus, des illustrateurs, des décorateurs...)
Crayon de couleur, 21 cm x 29,7 cmMise en page numérique
Miró est une forme conjuguée du verbe espagnol « mirar », qui signifie regarder. Soyons plus précis : il s’agit de la troisième personne du singulier au passé simple de l’indicatif. Pas mal pour un peintre. Il vit ce que personne avant lui n’avait vu. Petit, j’ai dormi quelque fois dans une chambre dont le papier peint était inspiré par sa peinture (la beauté cachée des lés, des lés, se voit sans…) C’était un papier noir avec des haricots rouges, des bananes bleues et des mitochondries jaunes qui flottaient dans un cosmos encombré. De fines lignes reliaient les motifs. Parfois elles s’entortillaient comme des pelotes de fil. C’était une époque où les Shadocks et les Gibis triomphaient à l’écran, où l’on rêvait aux planètes. Dans ma petite cervelle, tous ces univers cohabitaient harmonieusement. Ils participaient de la même constellation. 1) Crayon, novembre 2025 2) mixage numérique
On faisait tourner l’obstbrand depuis un moment quand on a vu Scipion, le chien de l’hôpital de Séville, rajuster ses lunettes. On s’est tus aussitôt. L’autorité naturelle du mec… Il s’est levé. De sa belle voix de baryton martin, que trop de robustos cubains avait abrasée, il a déclaré :
— Les gars, je vais vous dire, telle qu’elle nous est imposée, notre vie, elle est trop lourde…
Il avait vraiment le chic pour casser les ambiances. On allait encore se farcir ses phrases définitives. Ça n’a pas manqué. Il a continué.
— En vrai, elle nous inflige trop de peines, de déceptions, de tâches insolubles, la vie. Pour la supporter, nous ne pouvons nous passer de sédatifs. A force de gamberge j’en suis arrivé, moi, le grand neuro-penseur, à la conclusion que les sédatifs en question sont peut-être de trois espèces. Vous m’écoutez ? En prem’s il y a les fortes diversions, qui nous permettent de considérer notre misère comme peu de chose. En deuze il y a des satisfactions substitutives qui l’amoindrissent. Et pour terminer il y a les stupéfiants qui nous rendent insensibles à l’insoutenable pesanteur de l’être. (C’est bien ça, non ? « L’insoutenable pesanteur de l’être », ça pourrait faire un titre de bouquin). J’ai nommé la coco, le jaja, les tickets à gratter, les réseaux sociaux… Voyez le genre… Il n’y a pas à tournicoter : l’un ou l’autre de ces moyens nous est indispensable. Avez-vous des questions ? Bien sûr que non. On n’allait pas le relancer. Il savait se relancer tout seul.
Il a repris comme pour lui-même :
— Les satisfactions substitutives, celles par exemple que nous offre l’art, ce sont sans doute des illusions au regard de la réalité mais elles n’en sont pas moins efficaces psychiquement, grâce au rôle assumé par l’imagination dans la vie de l’âme. Les stupéfiants, eux, influent sur notre organisme, en modifient le chimisme. Alors ? vous en dites quoi ? Je crois que tiens quelque chose… On n’a toujours rien dit. Il s’est rassis, a continué de marmonner. C’était mieux de le laisser dans ses délires.
Une cuiller d’essence de térébenthine, une goutte d’huile de lin, une noisette de Terre de Sienne brûlée, papier toilé, 30 cm x 40 cm, 2025, en progression … (Voir l’œuvre)
Dans les années 70 mon père achetait chaque semaine un fascicule Alpha « Histoire de l’Art ». Tous les quinze ou vingt numéros, il les reliait en passant dans les agrafes deux lames d’acier qu’il glissait ensuite dans des couvertures cartonnées noires et or. Ces grands livres m’en imposaient. J’étais enfant, je passais des heures, allongé sur mon cosy-corner, à regarder toutes ces reproductions de tableaux. Je ne ratais pas un numéro. Je ne lisais rien mais j’examinais toutes les images. Je mûrissais mon goût pour les fortes femmes en contemplant des Rubens et des Renoir. Ça me distrayait des Fripounet auxquels m’avait abonné une vieille cousine. Un jour j’ai vu Le porteur d’eau de Séville, de Velázquez. Cette toile m’a beaucoup troublé. J’ai immédiatement reconnu un acteur très en vogue à cette époque : Lino Ventura. Je ne m’expliquais pas qu’il puisse être à la fois dans un tableau ancien et dans les pages de Télé Magazine. Il avait beau me paraitre vieux, je sentais bien que quelque chose clochait. Les années ont passé. Ma confusion d’enfant s’est évanouie. J’ai enfoui l’anecdote dans les replis de ma capricieuse cervelle. Jusqu’à ce que l’envie de peindre cette vieille barbouze me prenne.Aux premiers coups de pinceaux le souvenir a ressurgi. Je me suis revu dans ma mansarde, à plat ventre sur mon couvre-lit chenille jaune, confondu par la ressemblance entre le parmense et le sévillan. J’ai souri.
Depuis j’ai vu presque tous les films de l’un et presque toutes les toiles de l’autre. Pourtant, jamais encore je n’avais raccroché les wagons de ce train de souvenirs..
Le Porteur d’eau de Séville, Diego Velázquez, huile sur toile, 106,7 cm x 81cm, 1620
On The Road Again… Dernière ligne droite, dernier raidillon avant le tombé de rideau. Chausse tes boots, lève ton pouce, arrache-toi de ce canapé qui t’englue et taille la route. Va, roule, cours voir cette expo. Il sera toujours temps, place du Châtelain, quand tu t’en seras mis plein les mirettes, de t’arrêter en terrasse pour siffler une bonne binouze.
On rappelle l’essentiel : c’est à Bruxelles, chez Huberty & Breyne, et c’est David Merveille qui a concocté ce cocktail d’artistes. Le 19 juillet au soir il sera trop tard.
(Certes, nous avons proposé des huiles. Mais il y a aussi ces fusains de 30 cm x 40 cm à retrouver là-bas…)
Fusain, 29,7 cm x 42 cm, 2018 Fusain, 29,7 cm x 42 cm, 2018 Fusain, 29,7 cm x 42 cm, 2018Fusain, 29,7 cm x 42 cm, 2018
Elle s’accrochait encore, partait souvent à La Goulette pour pleurer dignement son mari.
Après ce furent Sarcelles, l’amertume, la rancœur, la maladie. Sa féminité guindée et souriante n’avait plus de raison d’être. Ses manicotti et les robes fleuries qu’elle se cousait non plus. Elle n’a pas fait long feu dans ce nouvel appartement tapissé de moquette, excepté aux plafonds.
Je me demande bien pourquoi je vous raconte tout ça.