Crayon sur papier, 21 x 29,7 cm, 2022
L’insta de Swijsen : https://www.instagram.com/ink_of_nowhere/

Lavis d’encre de Chine, papier Étude Lefranc-Bourgeois, A4, mars 026.
(Je ne vous fais pas mes compliments Monsieur Lefranc-Bourgeois : vous gondolez. Pire : vous peluchez… Vous ne savez pas boire. D’autres, moins chers que vous, se tiennent mieux.)

Discret hommage aux grands dessinateurs de Ballyhoo, le magazine.
Ps : Ballyhoo (« Battage médiatique » en anglais) fut un magazine humoristique publié par Dell, créé par George T. Delacorte Jr. et édité par Norman Anthony entre 1931 et 1939.


C’est l’autre grand Duduche. Il était peut-être moins drôle, mais il était plus farceur. Il jouait aux échecs contre des dames nues, ce qui ne l’empêchait pas de gagner quand même. Cet amateur de choses toutes faites cultivait des champs de poussière, se travestissait pour promouvoir des senteurs, peignait des moustaches à Mona Lisa et créait des acronymes rigolos. Il contrepétait à l’occasion.
C’était un champion du désengagement. Pour lui l’art était moins une affaire d’artiste que de musées et de regardeurs. Ceux qui s’en réclament sont tous nuls. Ils s’appuient sur l’escabeau de son discours. Si vous retirez l’escabeau tout dégringole (mais vous pouvez garder les financements).
Gloire aux artistes contemporains qui proclament : Fontaine, je ne boirai pas de ton eau.
« Ni papy, ni mamie n’ont compris ce qu’elle avait fichu de toutes ces années aux beaux-arts de Lyon. Ils ont financé ses études à l’aveugle, en serrant les fesses et en espérant que tout se passerait bien. Aujourd’hui ils en rient. Ils rient toujours quand l’orage est passé et que le beau temps est revenu. Ce n’était pas pareil, parait-il, quand ils allaient voir les expos des étudiants chaque année au printemps. C’était la consternation. Ils s’y rendaient à chaque fois avec un peu plus d’appréhension. Ils n’y pigeaient rien de rien ! Tout leur paraissait déplacé, agressif, inintelligible et, pire que tout, même pas beau.
Pour son diplôme de fin d’année ma mère avait réalisé dans la rue des moules de crottes de chien en alginate. Je l’imagine bien arpentant la ville avec son petit matériel à la main, l’œil en alerte, s’arrêtant parfois devant une belle trouvaille et définissant scrupuleusement un périmètre de sécurité pour sauver de l’écrasement certain un étron particulièrement réussi… Elle avait ensuite tiré à l’école des épreuves en plâtre coloré. Tout un nuancier de teintes pastel très appétissantes qui ressemblaient à des guimauves.
Puis elle avait planté sous chacun des moulages le petit bâton de bois qui permet de tenir les esquimaux glacés sans se salir. Chaque pièce était présentée sous une cloche de verre destinée à rendre l’objet encore plus désirable et plus inatteignable. Il y en avait deux cents mis en vitrine dans des congélateurs d’hypermarché qu’elle avait réussi, on ne sait pas comment, à se faire prêter… »