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C’est marrant, elles étaient déjà assises là, dans ce square, il y a cinquante ans… Elles attendaient les deux gars fringants dont elles sont veuves maintenant. Elles se chicanent pour des bagatelles, tournent leur nez pour des riens mais sont copines depuis toujours.
Le samedi après-midi elles sont aux premières loges pour voir les mariés faire des photos sous les arbres, près du bassin. Elles font des pronostics sur la longévité des couples… « Y allez pas ! Ils seront divorcés avant qu’on soient mortes !». Elles balancent ça aux invités qui plaisantent en fumant et qui traînent pour aller poser sur la photo de groupe… Elles rigolent devant leurs mines interrogatives. Ça ne fait rire qu’elles, et encore, pas longtemps…
Mais elles savent aussi vieillir en silence. Parfois lassées par toutes ces heures qui se ressemblent, elles baillent. Leurs dentiers se décrochent et claquent. Ça les réveille à peine…
Quand on s’assoit à côté d’elles, elles ne se gênent pas pour vous dévisager mais dès qu’on les branche, elles sont bavardes. Il y a toujours un moment triste où elles finissent par dire que les années ont défilé trop vite. Pourtant, si on pousse l’entretien, elles estiment quand même que le temps est long… Au fond elles sont paradoxales. Quand on le leur dit, elles répliquent qu’elles ont passé l’âge de se faire insulter !
Entre nous, c’est le moment que je préfère pour mettre une tape sur le genou de Simone, pour me lever et me casser…
