Première soirée…

il y a 14 ans

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(Toujours extrait de la même toile à venir… Quel suspens!)

Première soirée

Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près. Assise sur ma grande chaise,
Mi-nue, elle joignait les mains.
Sur le plancher frissonnaient d’aise
Ses petits pieds si fins, si fins. Je regardai, couleur de cire,
Un petit rayon buissonnier
Papillonner dans son sourire
Et sur son sein, – mouche au rosier. Je baisai ses fines chevilles.
Elle eut un doux rire brutal
Qui s’égrenait en claires trilles,
Un joli rire de cristal. Les petits pieds sous la chemise
Se sauvèrent :  » Veux-tu finir ! « 
La première audace permise,
Le rire feignait de punir ! Pauvrets palpitants sous ma lèvre,
Je baisai doucement ses yeux :
Elle jeta sa tête mièvre
En arrière :  » Oh ! C’est encor mieux !… Monsieur, j’ai deux mots à te dire… « 
Je lui jetai le reste au sein
Dans un baiser, qui la fit rire
D’un bon rire qui voulait bien… Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.

 

 

 

   Arthur Rimbaud

Elle est gaie et pensive ; elle nous fait songer…

il y a 14 ans

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(Toujours extrait de la même toile à venir… Quel suspens!)

Elle est gaie et pensive ; elle nous fait songer
À tout ce qui reluit malgré de sombres voiles,
Aux bois pleins de rayons, aux nuits pleines d’étoiles.
L’esprit en la voyant s’en va je ne sais où.
Elle a tout ce qui peut rendre un pauvre homme fou.
Tantôt c’est un enfant, tantôt c’est une reine.
Hélas ! Quelle beauté radieuse et sereine !
Elle a de fiers dédains, de charmantes faveurs,
Un regard doux et bleu sous de longs cils rêveurs,
L’innocence, et l’amour qui sans tristesse encore
Flotte empreint sur son front comme une vague aurore,
Et puis je ne sais quoi de calme et de vainqueur !
Et le ciel dans ses yeux met l’enfer dans mon cœur !

 

   Victor Hugo

 

 
A 

 

Amour, je ne me plains de l’orgueil endurci…

il y a 14 ans

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(Toujours extrait de la même toile à venir… Quel suspens!)
 

 
Amour, je ne me plains de l’orgueil endurci

Amour, je ne me plains de l’orgueil endurci,
Ni de la cruauté de ma jeune Lucrèce,
Ni comme, sans recours, languir elle me laisse :
Je me plains de sa main et de son godmicy. C’est un gros instrument par le bout étréci,
Dont chaste elle corrompt toute nuit sa jeunesse :
Voilà contre l’Amour sa prudente finesse,
Voilà comme elle trompe un amoureux souci. Aussi, pour récompense, une haleine puante,
Une glaire épaissie entre ses draps gluante,
Un œil hâve et battu, un teint pâle et défait, Montrent qu’un faux plaisir toute nuit la possède.
Il vaut mieux être Phryne et Laïs tout à fait,
Que se feindre Portie avec un tel remède.

 

 

Pierre de Ronsard (1524-1585)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bout de toile… (extrait avec deux femmes)

il y a 14 ans

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Acrylique sur toile   (détail)   2012

Mes petites amoureuses

 

 

 

Un hydrolat lacrymal lave
   Les cieux vert chou :
Sous l’arbre tendronnier qui bave,
   Vos caoutchoucs

Blancs de lunes particulières
   Aux pialats ronds,
Entrechoquez vos genouillères
   Mes laiderons !

Nous nous aimions à cette époque,
   Bleu laideron !
On mangeait des œufs à la coque
   Et du mouron ! Un soir, tu me sacras poète
   Blond laideron :
Descends ici, que je te fouette
   En mon giron;

J’ai dégueulé ta bandoline,
   Noir laideron ;
Tu couperais ma mandoline
   Au fil du front.

Pouah ! mes salives desséchées,
   Roux laideron
Infectent encor les tranchées
   De ton sein rond !

Ô mes petites amoureuses,
   Que je vous hais !
Plaquez de fouffes douloureuses
   Vos tétons laids !

Piétinez mes vieilles terrines
   De sentiments;
Hop donc ! Soyez-moi ballerines
   Pour un moment !

Vos omoplates se déboîtent,
   Ô mes amours !
Une étoile à vos reins qui boitent,
   Tournez vos tours !

Et c’est pourtant pour ces éclanches
   Que j’ai rimé !
Je voudrais vous casser les hanches
   D’avoir aimé !

Fade amas d’étoiles ratées,
   Comblez les coins !
Vous crèverez en Dieu, bâtées
   D’ignobles soins !

Sous les lunes particulières
   Aux pialats ronds,
Entrechoquez vos genouillères,
   Mes laiderons.

  Arthur Rimbaud   1871