30 cm par 40 cm, acrylique sur panneau, 2018
C’était son regard d’inhumaine
La cicatrice à son cou nu
Sortit saoule d’une taverne
Au moment où je reconnus
La fausseté de l’amour même
Guillaume Apollinaire
Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,
Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.
Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint.
Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir ;
— La puanteur était si forte que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir ; —
Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.
Tout cela descendait, montait comme une vague,
Où s’élançait en pétillant ;
On eut dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.
Et ce monde rendait une étrange musique
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.
Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.
— Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
À cette horrible infection,
Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !
Oui, telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez sous l’herbe et les floraisons grasses
Moisir parmi les ossements.
Alors, ô ma beauté, dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !
Charles Baudelaire
Crayon indigo sur papier 15 cm x 21 cm
Crayons de couleur sur papier 15 cm x 21 cm
Dans les locaux de France Bleue Normandie
« Comme vous me l’avez baillé belle avec votre liberté que le mariage étranglait ! Vous étiez à peine sortis de chez moi que vous couriez la perdre avec des ramassées quelconques ! Ah çà, voyons, est-ce que tu ne les méprisais pas autant que moi, ces filles dont tu te disais épris ? Est-ce que, lorsque nous restions en tête à tête avec elles, tous nos instincts de gens bien élevés ne se rebellaient pas devant leur grossièreté native ? Est-ce que vous ne finirez pas comme moi, quitte à épouser, comme l’ont fait plusieurs d’entre nous, des filles de sorcières ou de concierges qui se tireront les cartes et ne se peigneront plus, le jour où elles auront traîné leur robe sur le parquet d’une mairie ? Et bienheureux encore les camarades, lorsqu’elles auront des jupes bâties à coups d’épingles et des tignasses qui brandilleront au vent ! Celles-ci se laissent parfois cacher, mais quand on fait comme notre ami Brice, qu’on épouse une fille de bohème, dont Dieu sait qui eut l’entame ! une dondon qui enveloppe de robes carnavalesques ses grâces de laveuse et veut faire la dame, s’imposant quand même chez les gens qui ne l’invitent pas, les forçant à la faire asseoir devant une table qu’elle devrait desservir, ça devient tout simplement odieux, car celles-là ont des ordures de ruisseau qui leur gargouillent dans la bouche et qu’elles lâchent au dessert, en même temps que les agrafes de leur corset. »
Extrait de la lettre de Léo, dernier chapitre de Marthe, court livre de Huysmans… Rien à voir avec le dessin du jour. Mais je m’en fiche, je suis chez moi. J’ai jubilé tout au long de cette lecture. L’histoire est d’un tarte ! Une chanson réaliste à deux sous… Mais le style pompier, le texte bourré à craquer d’un verbe riche, fort et dense, à la fois sophistiqué et copieux… On en sort comme repu, et même un peu ivre…