J´aime l´ennui Ca revient comme une litanie J´aime l´ennui Une poignée de secondes Jetée hors du monde Souvent, j´aime l´ennui Celui qui m´emporte Souvenir de zones ou de fleurs Bleuet de l´exil Ton calice en plein cœur Je retombe dans la nuitJe tombe et je retombe Sur des sosies de toi Comment peut-on tomber si bas?J´aime l´ennui Qui revient comme une homélie J´aime l´ennui Une poignée de secondes Au milieu du monde Et souvent, j´aime l´ennui Tendu, comme en sursis De ma dernière vie Je tombe dans des états Si tu voyais ça Tu n´en reviendrais pasJe tombe et je retombe Sur des sosies de toi Et pourquoi pas tomber si bas? Si loin de toi… Si bas
J’ai découvert sa peinture par le biais d’un petit catalogue, à l’Armitière, librairie Rouennaise, que je fréquentais beaucoup au début des années quatre- vingt. Stupeur… Ce fut une gifle. Toutes ces images honteuses m’assaillaient, venaient me troubler, me fouiller, me déranger. J’étais seul avec elles, sans mot. Elles s’engouffraient en moi, me pénétraient par effraction.
Je n’ai pas pu acheter l’ouvrage. A cette époque, de toute façon, j’achetais peu de livres. Et comme je vivais encore plus ou moins chez mes parents j’étais prudent sur ce que je ramenais. Rustin tombant sous l’œil de mes vieux, pourtant si gentils et si tolérants, c’était l’assurance de leur confirmer ce qu’ils pressentaient trop bien ; la bizarrerie du fiston, ses préoccupations étranges, ses monomanies soupçonnées.
Rustin ! J’imaginais que ça se prononçait Reustine, à l’américaine. Impossible d’imaginer que ce peintre soit français. Difficile à l’époque de se renseigner sur cet artiste. L’internet n’existait pas, aucun livre n’était publié sur son œuvre. Je trouvais malgré tout quelques amateurs avec qui échanger. Je me souviens par exemple en avoir longuement parlé avec le sculpteur Marc Petit qui partageait avec moi cette fascination. Complicité de ceux qui ont été frappé par une révélation ! Mais, à la vérité, personne ne savait rien de solide sur lui. Un énorme pavé, format à l’italienne, est sorti, beaucoup trop cher pour moi.
Il n’y avait pas internet mais il y avait le minitel. 3611 ! J’ai tapé Jean Rustin et je l’ai trouvé à Bagnolet. Il était dans le bottin ! J’ai encore patienté deux ou trois ans avant d’avoir le courage de l’appeler. Je me suis cramponné et m’y suis risqué. Je n’imaginais même pas pouvoir tomber sur lui directement. C’est pourtant ainsi que ça s’est passé. Il était timide, ou méfiant, ou les deux à la fois.
Je lui ai dit toute mon admiration. On a parlé gentiment. Il m’a invité à le prévenir quand je viendrais à Paris afin que nous nous rencontrions dans son atelier. Un autre que moi, moins inhibé, moins impressionné, aurait saisi l’occase sur le champ. J’ai laissé filer. Quelques mois après je l’ai rappelé, de Paris, où je passais quelques jours de vacances. Mais il n’était pas disponible. Je crois qu’il partait. Dans mon souvenir il devait même prendre l’avion et ça l’ennuyait… Passons…
Je ne me suis plus manifesté. Pendant des années, au hasard de mes pérégrinations, j’ai vu beaucoup de ses dessins, de ses toiles. Souvent par petites quantités… Des mains, des visages… Notamment à la galerie Pierre-Marie Vitoux. A chaque fois j’étais saisi, ragaillardi, confiant.
Plus tard j’ai souffert quand j’ai visité la grande rétrospective de la Halle Saint Pierre en 2001. Cette dernière exposition magnifique, qui précipitait mon artiste chéri dans toutes les rétines du vulgaire, a marqué la fin de mon admiration sans borne. Je l’aimais mieux quand il était à moi tout seul. Je ne partage mes enthousiasmes qu’avec ceux que je choisis. Sentiment de dépossession, rancœurs : je lui ai attribué une autre place où l’odeur du souffre s’était évanouie. C’est injuste bien sûr. Je ne suis pas toujours très fier de moi et je me pardonne assez facilement. Revenons plutôt à lui.
Rustin reportait dans chacune de ses toiles toutes celles qui l’avaient précédée. Il n’était pas nécessaire d’en voir trop pour se convaincre de son génie.
Les temps qui viendront seront durs. Je vais devoir supporter des barbouilleurs qui ne tarderont pas à me demander : « Tu connais Rustin ? »… Je leur répondrai du bout des lèvres pour ne pas me gaspiller.
Jean Rustin est mort mais je le porte en moi. Là où il est je ne risque pas de l’enterrer.
Ô jour qui meurs à songer d’elle Un songe sans raison, Entre les plis du noir gazon Et la rouge asphodèle ;N’est-ce pas, aux feux du plaisir Inclinée et rebelle, Elle encor, mais cent fois plus belle, Et de flamme à saisir ?… là-bas monte la voix dernière D’un bouvier sous les cieux. On n’entend plus que ses essieux Qui grincent dans l’ornière.
J’sors avec ma frangine, maintenant que je suis grande. J’mets ses robes et ses jeans mais faut que je lui demande. Je m’en fous, je suis mieux qu’elle, oh non, pas ce soir ! Merci pour le réglisse mais je peux pas accepter. Avec ma ligne, je dois me surveiller. Merci pour le speech sur les noces des abeilles. Ça m’a touchée, c’est un truc à étudier. Bien vu le dernier plan où tu m’as fait pleurer. C’est noté, comment l’oublier ? T’oublies pas la monnaie, rappelle-toi, tu m’as promis. T’oublies pas la monnaie, tu croyais que c’est gratuit. J’sors avec ma frangine, maintenant que je suis grande. J’mets ses robes et ses jeans, tant qu’il y a de la demande. Je m’en fous, je suis mieux qu’elle, oh non, pas ce soir ! Le garçon que j’aime fait peur à mes voisins. Il a du cran dans son costard italien. Avant qu’on cohabite, il fréquentait Corinne. Qu’est-ce qu’elle lui veut ? C’est une gamine ! Merci pour le réglisse mais je peux pas accepter. Avec ma ligne, je dois me surveiller. T’oublies pas la monnaie, rappelle-toi, tu m’as promis. T’oublies pas la monnaie, tu croyais que c’est gratuit. T’oublies pas la monnaie, toi et moi, qu’est-ce que t’en dis ? T’oublies pas la monnaie, rappelle-toi, tu m’as promis.
Bashung/Bergman 1981
Ps La mise en page sur over-blog devient impossible… Désolé de ce désordre… Je n’ai pas réussi à centrer le texte ci-dessus… Dommage. Il a été chanté par Bashung sur l’excellent album Pizza…