Le plombier et la péronnelle…

il y a 19 ans

 

Nul ne sait où il a levé cette péronnelle. On le disait inconsolable après la mort de maman. Tiens, tu parles… Six mois plus tard il cavalait les thés dansants de tous les casinos de la Côte. Non mais quelle honte ! Il fallait le voir avec ses cheveux saturés de teinture noire, son tout nouveau dentier, son haleine mentholée et son cabriolet japonais. Ma femme l’appelait le veuf joyeux ! Ah, elle s’y entend sa pimbêche pour écosser son pognon ; restaurants gastronomiques, voyages aux Baléares, thalassothérapie… Toujours le pied levé…Et les toilettes ! Que du coûteux bien trop luxueux pour les mains calleuses de mon pauvre père. Tu vas filer mes collants dit-elle quand il lui caresse le genou avec un sourire niais…A son age… Ah là là…Lui qui s’est dévoué une vie entière à sa petite entreprise de plomberie, le voir croquer tout ce capital patiemment acquis avec maman à la caisse, ça nous fait mal. Il faut maintenant qu’on lui pose un pacemaker. « Pour tenir les cadences » dit-il en riant. C’est dégoûtant toute cette libido ranimée qui lui frise l’œil. Ma femme ne supporte plus tout ça.  Elle est en rogne après moi comme si j’y pouvais quelque chose. Elle doit me couver une dépression nerveuse. Pff, il ne manquerait plus que ça…

 


Ah ce sacré Gérard…

il y a 19 ans

Lui je le voyais dans un  PMU, près de la place d’Italie, le dimanche matin. Il choisissait ses canassons avec un jaune pour l’inspiration et une gitane sans filtre entre ses doigts jaunis. Souvent on trinquait ensemble. Un jour d’hiver de 1979 il a ramassé le méga gros lot. … Ni une, ni deux, il a plaqué son boulot de vendeur de frigos chez Darty Réal, ainsi que sa femme et ses deux enfants. Il s’est tiré on sait pas où. On disait qu’il avait enfin réalisé son rêve.
Il y en a, parait-il, qui bouffent tout en moins de deux et qui reviennent penauds. Je n’en sais rien, mais lui, ce sacré Gégé, on l’a jamais revu…

Mais la pauvre Hélène…

il y a 19 ans

…était comme une âme en peine. Au lycée les garçons ne l’avaient pas vue. Ni pendant ses années d’université d’ailleurs. Elle était allée à quelques fêtes mais n’y avait jamais trouvé sa place. Elle avait fait des voyages de groupe avec des associations versées dans le culturel. Elle connaissait par coeur la Grèce et l’histoire de la renaissance italienne, mais pas les grecs, ni les italiens. Eux non plus ne l’avaient pas vue. Quand son chat est mort elle n’a pas cherché à le remplacer. Elle l’avait beaucoup aimé mais elle disait que ce petit animal était aussi une contrainte. Qu’elle était mieux seule. Elle avait renoncé à rencontrer un homme et n’en était pas triste. Maintenant, le mercredi matin, elle allait dans les quartiers donner un coup de main aux gens de la banque alimentaire. Finalement, pour tout le monde, c’était mieux comme ça.