Clap de fin, Bacri à bas bruit est parti…

il y a 5 ans

autoportrait, dessin, Michel Simon, fusain, board, grey, painting, body, oil on canvas, huile sur toile, soluto peinture

Fusain, 21 cm x 21 cm, 18 janvier 2021…

Je ne fais jamais de dessin « à chaud ». Les hommages dessinés sont souvent dérisoires quand ils ne sont pas médiocres. J’en avais bien conscience hier soir mais je n’ai pas voulu réprimer mon élan. C’était une façon de regarder le bonhomme en face, de rentrer dans son regard mat, dans ses joues creusées, ses pommettes saillantes. Il était déjà probablement hanté par la maladie (j’ai fait ce fusain à partir d’une interview vidéo assez récente).
Rarement la disparition d’un acteur ne m’aura autant touché. Celui-là, en dehors des plateaux, ne jouait plus le jeu. Il paraissait vrai, et fragile, et résistant. Mieux, il ramenait dans les films qu’il choisissait cette lucidité impitoyable, ce dessillement qui prenait en compte la dureté du monde. Il la portait, ne s’en accommodait pas, le faisait savoir.
J’ai fouillé son visage, J’ai fini mon dessin, je n’ai rien appris que je ne savais déjà. Il n’y a rien à tirer de l’absurdité du sort. J’enrage contre ce néant qui nous ravale tous les uns après les autres avec indifférence, qui ne prend pas la peine de prolonger l’existence de ceux qui nous réchauffent et qui s’applique à maintenir en piste de vieux salauds qui n’ont pas de raisons d’être. J’enrage, et je suis bien seul à entendre le néant qui ricane.

Autoportrait Soluto 2020

il y a 5 ans

autoportrait, dessin, fusain, board, grey, painting, body, oil on canvas, huile sur toile, soluto peinture

Autoportrait, huile sur toile, 50 cm x 50 cm, 2020

Quand je ne peux plus m’encadrer je me portraiture.

Ça me prend tous les deux ou trois ans.

Je suis mon sujet le plus accessible, le plus corvéable, le plus patient, le plus entêté, celui qui ne sera pas déçu, vexé, décontenancé par le résultat.

Je m’interroge, je fouille les plis, les rides, j’examine la fraicheur de l’œil, le plomb de la pupille, le tombé de la lippe, je fais l’inventaire.

La paupière est un drapé, la pommette se noie, la peau pend de chaque côté des plis d’amertume. La lumière pose ses écailles roses et turquoises sur le front luisant, la joue bombe ici, se creuse et mollit là. Dans l’ombre du menton sommeillent l’outremer et le vermillon.

Le nez ? Il tourne d’année en année au tarin : le travailler dans sa masse, le modeler, le brosser, le tourner dans la pâte grasse pour le tirer hors du grain de la toile (pour l’ombrer rester maigre, frotter délicatement la terre de Sienne et les bleus corrompus).

Se faire la gueule, se peindre pour se reprendre, pour chasser la complaisance et mesurer la fonte des charmes. Se regarder vieillir, constater la dissolution des trait, l’affirmation des sillons, l’indécision du regard. Sentir de mieux en mieux la cagoule qui s’affaisse et se moule sur le squelette.

Arrivent ces jours où la lucidité vous éclaire mieux que la lumière du jour.

Van Gogh, Cézanne, Rembrandt, Freud, Close, Picasso

Résister et mourir à soi-même.

Continuer de danser.

confinement, dessin, fusain, board, grey, painting, body, oil on canvas, huile sur toile, soluto dessin