Huiles sur toiles
Au bout de la deuxième séance. Huile sur toile, 72 x 93 cm
Peindre c’est posséder un peu.
C’est vers la fin des années soixante-dix que j’accrochai à Oissel, banlieue de Rouen, mes premiers dessins. Que j’y trouvai mes premiers soutiens. Les hasards m’ont poussé ailleurs. Je suis ravi d’y revenir, quelques quarante ans et des brouettes après, avec ces toiles presque toutes inédites. J’y ai retrouvé Gérard Gantois, dont le travail me fascinait déjà, qui m’acceptait dans son petit coin d’atelier à Saint-Aubin Les Elbeuf, et que je regardais travailler pieusement… J’enrage du temps qui passe. Je n’ai encore rien dit… Le salon d’Oissel se poursuit jusqu’au 9 octobre. Je ne l’ai pas vu mais j’y serai ce dernier dimanche.
J’y présente une série d’une vingtaine d’aquarelles, dont celle-ci… Des grotesques, des masques, une cagoule, des filles, des bouilles, des faces et des tronches, vues du dedans, vues du dehors…
Je serai très bien entouré d’ Élise Bergamini, Yves Bodiou, Christophe Horlain, Jean-Christophe Leforestier, Gaspard Lieb, Marine Penhouet, Marie Rauzy.
Ne ratez pas le vernissage, demain à 18 heures…
On sourit comme un saint
On ne bronche pas
Quand le vent souffle fort on s’aplatit, creuse le ventre, serre les fesses
On attend que ça passe
On ne se lève pas
Le moindre mouvement éveille l’attention du chasseur
On ne joue pas non plus au plus fin
Plutôt que museler on laisse parler, on rassure, on restaure
Fantasmes, ruminations minent, mentent
Les fragiles grimpent aux cocotiers, décrochent les fusils, tirent dans le tas
Plus modestement les dupés, les floués, les trompés se meurtrissent, s’asticotent, se tarabustent
Ils veulent se guérir du doute, rêvent de preuves, se ravagent
Puisqu’il faut qu’ils compliquent, qu’ils complotent, qu’ils tricotent ou qu’ils supputent
Puisqu’il importe qu’ils tiennent, qu’ils sachent, qu’ils mordent
Qu’on leur jette au museau une chanson d’été, rincée de sanglots, déminéralisée, lascive et irisée.
Mais surtout qu’on n’avoue rien
Puisqu’ils ne supportent pas la vérité, qu’on la leur épargne
Tous les hommes sont des exceptions à une règle qui n’existe pas.
…
Être poète n’est pas une ambition que j’aie,
c’est ma manière à moi d’être seul.
…
La beauté est le nom de quelque chose qui n’existe pas
et que je donne aux choses en échange du plaisir qu’elles me donnent.
…
Je ne suis rien.
Jamais je ne serai rien.
Je ne puis vouloir être rien.
Cela dit, je porte en moi tous les rêves du monde.
…
Nous avons tous deux vies :
la vraie, celle que nous avons rêvée dans notre enfance, et que nous continuons à rêver, adultes, sur un fond de brouillard ;
la fausse, celle que nous vivons dans nos rapports avec les autres,
qui est la pratique, l’utile,
celle où l’on finit par nous mettre au cercueil
Citations et fragment de poèmes de Fernando Pessoa
Enfant, déjà lassé de Sylvie Vartan, effrayé par Sheila, tout affolé par les sautillantes Clodettes dont la plus noire d’entre elles me tourneboulait, je trouvais le repos en rêvant de Stéphane Audran que j’avais vu à la télé dans La Femme Infidèle. Plus tard j’aperçus dans les coulisses du Mystific la jolie Jeanne en tenue légère. Comme je lui trouvais un air de ressemblance avec l’une de mes jeunes tantes mon plaisir fut dans un premier temps étouffé.
Par chance je la retrouvai quelques années plus tard magistrale, veuve et tueuse dans un film de Truffaut. Je décidai alors de l’aimer pour la vie.
Pour l’instant je tiens parole. J’attends qu’elle me déçoive.
Heureusement tout de même que je ne lui avais pas promis l’exclusivité.
J’ai commis ce sticker il y a trente ans. J’étais jeune…
Une amie vient de me le renvoyer, je ne l’avais pas oublié. Nous avions à cette époque la gauche vendue et Rocard en ligne de mire. Force est de constater que tout n’a fait qu’empirer, que la santé décline, que la précarité n’émeut personne, que les politicards de tous poils ne se donnent même plus l’apparence de la vertu.
Ma fibre militante, déjà bien lâche à cette époque, ne vibre plus. Je me méfie de mon prochain, de tous ces pauvres qui feraient des riches exécrables, de tous ces assoiffés de vengeances qui ne se remettent pas de tant de maltraitance quotidienne et qui tourneraient allègrement tortionnaires si on leur confiait les manettes. Perplexité donc à l’égard de tous ces privés de paroles qui ne professent que des conneries à longueur de sondage ou de micro-trottoir, qui jouent au loto sportif, qui rêvent à Disneyland et qui se rendent au musée en troupeau parce qu’on a transformé la culture en produit culturel bien emballé. Je vis à l’abri des apôtres du vivre ensemble et du sympa.
Je n’aime pas les gens.
Mais toi, là, qui me lis, toi avec qui je passerais bien un moment si la vie se comportait mieux (ML), toi tout seul privé de tes poteaux, avec tes problèmes d’homme et de mélancolie (LF), ben tu vois, je pourrais rire et pleurer avec toi, batailler et débattre jusqu’à te donner raison sans me sentir flouer, t’écouter et te soigner jusqu’au bout. Je pourrais même, si ça se présentait bien, mieux me bouger les miches pour toi que pour moi-même.
Et ne me remercie pas.
Ce n’est pas drôle de vieillir…